SONS

Vous trouverez ici différentes pièces sonores et musicales de ma composition, ainsi que tous les albums et compilations auxquelles j'ai participé...

  

COMPILATION ESSMA ((Tsuku Boshi/A-musik/Toolbox 2010)).

L’idée de cette compilation réalisée par le label Tsuku Boshi est née d’une volonté de confronter des artistes à une matière sonore venue d’ailleurs. Après un voyage en Tunisie en 2009, l’artiste et preneur de son Aymeric de Tapol revient avec une quantité importante d’enregistrements sonores puisés dans le quotidien des villes de Tunis et de Carthage. C’est à partir de ces bouts de réel que vont travailler une trentaine d’artistes. Parmi les artistes qui se sont prêtés à ce voyage immobile et aveugle, on peut retrouver Dino Felipe, Radiomentale, O Lamm, DJ Elephant Power, Lodz, David Sanson et bien d’autres encore. Grâce à cette sélection d’artistes très diversifiée, l’écoute de ce double CD se révèle en permanence surprenante. Chacun réinterprète librement et avec une approche originale ces paysages sonores. 

C’est dans le cadre du programme E-Fest – une plate-forme de création et de programmation consacrée aux musiques et cultures électroniques, visant à promouvoir les cultures émergentes et les pratiques artistiques innovantes en Tunisie, initiative soutenue par des structures comme Transcultures/City Sonics – que la compilationESSMAA a vu le jour. Parti sur place pour y collecter de la matière sonore, le compositeur Aymeric de Tapol a retrouvé in situ ses habitudes de preneur de son cinématographique pour extraire une essence hautement volatile, qu’il a ensuite confiée à un parterre d’agiles manipulateurs. La simple lecture des noms des participants rend immédiatement compte de l’ambition d’un projet où se croisent musiciens électro/techno confirmés (Scanner, Dj Olive, Sutekh, Hypo, O.Lamm, etc.), ciseleurs électro-acoustiques raffinés (Nicolas Bernier, Leafcutter John, Sébastien Roux, etc.)...Les humeurs musicales s’avèrent fréquemment changeantes, balisant les frénésies incontrôlées d’un Dino Felipe ou l’électro-pop caustique d’un Yvat, la session harsh click’n’cuts de Shinigami San, le dark-ambient rampant de Yannick Franck ou l’ambient plus méditatif d’Alexander Rishaug, d’I8U ou de Félicia Atkinson, chez qui les chuchotements de voix de Dramatic Sunset (en écoute) évoquent l’éternel amoureux du soleil qu’était Luc Ferrari. Chez certains, les scènes de rue transparaissent avec plus d’impact (Radio Mentale, Rainier Lericolais), une certaine tension volumétrique (Nicolas Bernier) se fait sentir, ou à l’inverse une retenue à la fois cathartique et cathodique (Rainier Lericolais). Chez d’autres, la traduction sensuelle épouse un rythme à la lenteur plus dub (Stéphane Kozik), voire à la lourdeur manifeste (le dubstep de DJ Elephant Power, les drones urbaines de Discipline ou les ellipses vrombissantes de Julie Rousse/Gabriel Hernandez et de Leafcutter John). L’humour n’est pas absent (les rondeurs rigolardes du Uské Orchestra), de même qu’un certain lyrisme (Christophe Bailleau et son Ouverture-ciel 1 mirifique). Aymeric de Tapol livre, pour sa part, l’un des meilleurs arrangements du disque, sa pièce Taxiste 1 (en écoute) semblant nous embarquer dans une virée mécanique et sonique en terre inconnue.
C’est bien là tout l’attrait de ce double album passerelle : ni tout à fait d’un côté, ni totalement de l’autre, le salon d’écoute ESSMAA délimite un entre-deux révélateur, où ce qui s’entend ne se dévoile vraiment qu’à travers celui qui l’écoute. Une belle définition musicale de l’ouverture au sens large, par le biais de l’expérience du son et du métissage approfondi.
Laurent Catala Mouvement magazine

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